En partant de la meilleure intention, nous adoptons parfois des attitudes qui se veulent aidantes, mais qui, dans les faits, ne le sont pas. Rassurer, utiliser la logique ou proposer des solutions en font partie. Et si nous questionnions ici ce que, jusqu’à présent, nous pensions faire à merveille ?

Le milieu médial, la famille, l’école sont des contextes qui me fascinent par leurs paradoxes invisibles : ce sont les lieux par excellence où l’on souhaite aider… et peut-être ceux où je perçois le plus d’attitudes non-aidantes. Ces trois mondes mériteraient à eux seuls un article. Car le vrai problème, quand on ne sait pas comment aider, c’est qu’on risque d’offrir une aide inadéquate : soit on empire la situation, soit on isole la personne en lui faisant croire que l’aide n’existe pas.

Et si, parfois, notre aide n’était pas si aidante ?
On propose de l’aide pour réaliser une tâche difficile… mais, la plupart du temps, c’est pour accompagner un·e ami·e ou un proche dans une situation émotionnelle délicate. C’est de ce second type d’aide dont je parlerai ici. Car au-delà de l’intention sincère, il est essentiel de chercher la manière d’aider.

Évaluer la disposition de l’autre

La relation d’aide est asymétrique. Si l’autre n’est pas disposé·e à recevoir de l’aide, on risque d’entrer dans une dynamique de pouvoir : on impose alors quelque chose qui n’est pas désiré. Aider devrait être une proposition, non une intrusion.

Aider, moins dans le « faire », plus dans l’« être »

Nous avons ce réflexe humain : apaiser le plus rapidement possible ce qui semble faire mal. Nous mettons notre casquette « résolution de problème, bonjour », nous cherchons une réponse, un médicament qui nous permettra d’anesthésier les émotions inconfortables chez autrui, émotions qui, soyons honnêtes, finissent par nous contaminer. Nous nous demandons parfois : « Qu’est-ce que je peux faire pour aider ? », et la réponse « Rien » finit par nous frustrer. Nous pensons à tort qu’aider, c’est interchanger émotion et solution, qu’aider se situe dans le faire et le le futur, alors qu’aider, c’est d’abord et avant tout être dans le présent.

Aider c’est une attitude, une ouverture à quelque chose de différent, sans jugement. C’est écouter sans attentes et sans chercher à corriger, accueillir sans vouloir modifier. Écouter l’histoire unique de la personne, sa réalité, en acceptant notre ignorance. C’est adopter le rythme de mon ami.e, reconnaître son vécu, l’accueillir tel qu’il est, sans vouloir le changer. C’est parfois aussi ne rien dire du tout. Je pourrais vous inviter à changer le mot « aide » par « relation d’aide ». On aurait moins de chance d’oublier qu’on ne peut aider que si on accepte d’entrer en relation.

Aider, c’est parfois savoir se mettre à l’ombre pour ne pas ôter à notre ami.e sa liberté d’action.

Redéfinir l’empathie

Combien de fois avons-nous entendu : « Je suis une personne empathique! ». Mais l’empathie, ce n’est pas se mettre dans la situation de l’autre — c’est se mettre dans l’émotion de l’autre. Subtil mais fondamental. En partant de cette conception erronée (à corriger, s’il vous plaît), nous sommes enclins à interpréter les choses à travers notre propre filtre personnel ; à travers un prisme dichotomique qui détermine ce qui est bon et ce qui est mauvais. Le problème, à force de projeter notre propre filtre (ce que moi je ferais, ce que moi je pense être juste), nous finissons par plaquer nos vérités sur l’histoire d’autrui. Or, nous avons tous des façons différentes de vivre des situations difficiles. Cela ne veut pas dire que l’une soit meilleure que l’autre. Un soutien aidant sera celui qui se base sur l’autre et non celui imposé, projeté ou photocopié de soi. Car oui, le plus grand danger est d’offrir de l’aide en pensant avoir raison. Aider, ce n’est pas avoir le sentiment de comprendre l’autre, mais que l’autre ressente « je me sens compris.e ». C’est une posture de recherche et de compréhension, et non de vérité. Parfois, un silence empathique est souvent plus aidant qu’un conseil bien formulé despotique.

Etape 1: Se connecter à l’émotion

Carl Rogers disait : « Communiquer sans le verbe, c’est retrouver cette faculté enfantine de capter l’essentiel en restant en lien avec son ressenti et celui de l’autre. »
Le cerveau humain est composé de deux hémisphères, chacun avec sa personnalité : un émotionnel et non-verbal et un logique et verbal. Lorsqu’une personne vit une émotion intense, son cerveau logique et verbal se verrouille ; il est donc pour un temps inaccessible. Dans ces moments, la seule manière de se connecter à cette personne passe par l’émotion : écouter ce qui n’est pas dit, reconnaître ce qui est ressenti et surtout ne pas raisonner. Avoir quelques bases de ce langage émotionnel est essentiel pour éviter de s’engager dans un monologue logique qui ne pourra être réceptionné. C’est là qu’on peut vraiment aider : quand l’autre sent qu’il ou elle peut déposer son histoire en sécurité. Mais attention à ne pas confondre une histoire avec une étiquette. Même si c’est rassurant et tentant de poser un mot sur ce que semble vivre la personne, pour se donner une illusion de contrôle, s’il vous plaît, laissez cette dangereuse tâche à des professionnels habiletés à le faire. Vous risqueriez à tort d’enfermer une personne dans une case qui la limiterait davantage qu’elle ne la soutiendrait.

Aider sans créer de dépendance

Aider, c’est placer la personne dans un état meilleur qu’avant tout en préservant l’individualité. Lui envoyer l’idée que ce qu’elle vit est si intense qu’elle a besoin d’une autre personne, serait la condamner à dépendre de l’autre pour aller bien. Aider en excès c’est priver la personne de croire en elle-même et en ses capacités. Rassurer n’est donc pas forcement aider : cela peut alimenter une forme de dépendance. Aider c’est croire que l’autre a en lui/elle les ressources (et non les nôtres) pour traverser l’épreuve. C’est lui transmettre cette confiance tout en résistant, de notre côté, à la tentation de le faire à sa place. Aider, c’est parfois savoir se mettre à l’ombre pour ne pas ôter à notre ami.e sa liberté d’action.

Et si aider commençait par soi ?

Suis-je capable de m’aider moi-même ? Pour faire quelque chose pour une autre personne, ne devons-nous pas en amont avoir appris à le faire nous-mêmes ? Comment puis-je aider quelqu’un à faire ses impôts si je ne sais pas le faire ? Comment puis-je accompagner une personne si je ne sais pas comment me soutenir dans mes propres tempêtes ? Aider et être aidé.e. Peut-être bien qu’une manière de répondre à la question « comment aider ? » passe par l’expérimentation cette posture vulnérable d’être aidé.e. Car aider suppose tolérer la vulnérabilité. La sienne. Et celle de l’autre.

S’évaluer soi-même consiste à se demander si l’on est à l’aise avec ce que signifie réellement le verbe « aider » : une personne en difficulté, voire, en souffrance. Comment aider une personne si nous ne savons pas tolérer la situation ? Suis-je capable de côtoyer toutes mes émotions pénibles, de les inviter à prendre un thé sans chercher à les taire ou à les oublier ? Si la réponse est mitigée, je risque alors de vouloir faire taire ce qui m’effraie chez l’autre, et donc d’être en réaction plutôt qu’en véritable relation avec ce proche en difficulté.

Pour être son propre allié, encore faut-il s’aimer. S’aimer résonne pour moi comme s’écouter, se comprendre, s’accepter, se respecter tel que l’on est (sans nier notre capacité à changer). C’est uniquement dans l’accueil de mes peurs, de mes colères, de mes tristesses, de mes doutes, de mes déceptions et de mes vulnérabilités que je serai capable d’accepter cela chez les autres : chez mes ami.e.s, mes proches, mes enfants. C’est dans la relation avec mon côté obscure que je pourrai recevoir celui de l’autre sans tenter de le faire disparaître. De même que pour l’amour, je ne crois pas qu’il y ait d’aide suffisante capable de remplir le vide d’une personne qui n’est pas capable de s’aider elle-même.

Et si le vrai pouvoir d’aide, c’était de savoir dire « je ne sais pas » ?

Aider c’est entretenir une relation saine avec son égo et une définition claire de ses limites personnelles. Aider c’est savoir dire « je ne sais pas faire », ne pas chercher à briller, se mettre en retrait et laisser le poste vacant pour une autre personne plus compétente que soi. Parce qu’aider ce n’est pas être indispensable, mais être disponible.

Finalement, celle ou celui qui reconnaît consciemment ses limites, est peut-être la personne la mieux placée pour offrir une aide.

 

Références

Références pour poursuivre davantage la réflexion :
Ces livres, articles et films offrent des perspectives sur la façon dont le travail peut influencer et parfois définir l’identité personnelle.

• « Thérapie centrée sur la personne » de Carl Rogers.
Dans cet ouvrage, Carl Rogers présente sa méthode révolutionnaire de thérapie centrée sur le client, mettant l’accent sur l’empathie du thérapeute, l’authenticité et l’acceptation inconditionnelle comme clés pour faciliter la croissance personnelle et la guérison psychologique.

• « How to Help a Friend in Need » de Psychology Today
Cet article de Psychology Today offre des conseils pratiques sur la manière d’aider un ami en difficulté. Il explore différentes stratégies visant à offrir un soutien efficace, en mettant l’accent sur l’importance de l’écoute active, de l’empathie et de la compréhension des besoins émotionnels de l’ami en détresse. L’article propose également des lignes directrices sur la façon d’éviter les pièges courants dans les interactions d’aide, tout en encourageant une approche respectueuse et compatissante pour renforcer les relations amicales.

 

Good Will Hunting (1997)
Ce film aborde la façon dont un thérapeute aide un jeune prodige des mathématiques à surmonter ses difficultés personnelles, mettant ainsi en lumière les défis et les succès de l’aide psychologique.

 

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