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8 novembre 2023

Burn out : et si on changeait les choses ?

Burn out : prévenir pour mieux s’épanouir

Depuis plusieurs années, un anglicisme s’est imposé dans le milieu du travail, milieu où on peut voir tomber, comme sur un champ de bataille, ce collègue qui voulait atteindre ses objectifs à tout prix et qui n’avait pas l’air de feeler ces derniers temps, la fille de la compta qui enchaînait les heures sup depuis des mois et dormait peu, le jeune stagiaire qui prenait son travail trop à cœur et se mettait beaucoup de pression, toutes et tous frappé.e.s par un mal invisible et insidieux. Le burn out. Tada !! Deux mots en apparence anodins mais qui portent en eux les profonds dysfonctionnements d’un monde professionnel et, au-delà, d’une société productiviste axée sur la performance et la rentabilité. Parce que le burn out, lorsqu’il nous touche, impacte d’abord notre travail mais aussi et surtout notre santé et notre vie personnelle, il est crucial de pouvoir le reconnaître, le nommer et, tant qu’à y être, l’éviter. Comment ? C’est LA question qu’on s’est posée, dans tous les sens, et voici nos réponses.

« Le burn out est une question de

responsabilité collective. »

Unsplash-Vasilis Caravitis

Comment on en arrive là* ?

Surcharge ou manque de travail, pression de la hiérarchie, tâches répétitives, délais serrés, absence de sens, obligation de rendement, demandes floues ou excessives, manque de soutien moral ou social, milieu professionnel performatif et compétitif… les causes qui peuvent conduire à l’épuisement professionnel sont nombreuses. Avec le temps et l’accumulation, toutes finissent par créer un état de stress chronique et intense qui finit par devenir littéralement insupportable : sans plus avoir suffisamment de force pour supporter la situation, on craque, on «s’éteint». Bien que les personnes en burn out vivent généralement plusieurs de ces situations, notez qu’il peut suffire d’une raison, par son aspect constant et insolutionné, pour décliner vers le burn out. Tout le reste de nos vies modernes, des courses à faire aux enfants à inscrire au camp de jour, en passant par la révision du char, vient alors rajouter du poids sur nos épaules, nous donnant l’impression d’être acculé.e, dépassé.e, et nourrit ce stress, creusant chaque jour un peu plus profondément le gouffre dans lequel on sombre. Et le pire dans tout ça, c’est que c’est bien souvent sans qu’on s’en aperçoive.

Comment reconnaître les signes* ?

Comme on le disait, le burn out est un mal insidieux qui s’installe de manière progressive et en crescendo. Si on peut aisément en observer les signes avant-coureurs dans nos quotidiens professionnels, de nombreux indices peuvent aussi se cacher en-dehors et notamment dans nos vies et cercles privés : difficultés à dormir, réveils fréquents, sommeil tout sauf réparateur, irritabilité avec ses proches ou face à une situation à priori anodine, mauvaise humeur, frustration, douleurs physiques, manque d’entrain général, isolement et repli sur soi… La personne qui souffre de burn out se fait littéralement dévorer par son travail, qui occupe toutes ses pensées, jour et nuit, la coupant petit à petit du reste du monde et des éventuels soutiens qu’elle pourrait y trouver. Au travail, elle fait également face à une perte de motivation, des problèmes de concentration, une coupure sociale entre elle et ses collègues peut s’opérer, tout comme une perte de soi, elle se met à « échouer », incapable d’accomplir son travail de manière efficace ou optimale, ou de respecter des échéances.

Comment on se sent quand on est en burn out ?

Pas au top, disons-le sans détour ! Continuellement stressé.e.s, on en vient à ressentir un profond mal-être. Ce sentiment d’être acculé.e dans tous les aspects de sa vie, professionnel et personnel, nous amène à éprouver une fatigue intense, un sentiment à la fois de vide et d’être vidé.e, à bout de ressources internes, pu capables ! Les personnes en burn out sont submergées par leurs émotions et dans l’impossibilité de prendre du recul par rapport à ce qu’elles vivent. Bien souvent, ce sont des personnes qui placent de grandes attentes dans leur travail, professionnellement investies, consciencieuses, dévouées à la cause ou maintenant un rythme de vie soutenu. Petit à petit, incapables de répondre aux objectifs et exigences auxquels elles font face ou qu’elles s’imposent elles-mêmes, les personnes en burn out se confrontent à l’échec, ne parvenant plus à atteindre les résultats souhaités, et donc la récompense ultime: le sentiment d’être compétent.e, la reconnaissance et l’accomplissement professionnels. Ces loupés à répétition entament énergie, motivation, implication et estime de soi et conduisent à un désinvestissement général, de l’activité professionnelle oui, mais aussi de la vie en général.

Comment on gère ça ?

Face à la reconnaissance, relativement récente (50 ans en année de société humaine, c’est peu !) de ce mal qui touche la société tout entière, plusieurs outils et ressources* existent et se sont intégrés aux pratiques des institutions et autres professionnel.le.s de la santé et des services sociaux. Lorsqu’on est « diagnostiqué.e » comme étant en burn out (le burn out n’est pas considéré comme une maladie mentale mais comme un syndrome lié au stress professionnel), se faire aider et accompagner est une première étape très importante. À côté de ça, plusieurs actions concrètes peuvent être entreprises pour essayer de se diriger vers un état de mieux-être : tenir un journal, faire du yoga, une partie de paintball, colorier un mandala, aller marcher dans le bois, prendre le temps d’un bon petit-déjeuner… il y a mille et une manières de s’accorder une pause, un moment pour soi. En faisant une activité qu’on aime, relaxante ou plus dynamique, seul.e ou en groupe, on brise la routine infernale dans laquelle on est tombé.e. Le but principal : décrocher pour se recentrer.

Comment on l’évite ?

En tant qu’employeur

Il faut arrêter de penser que replacer l’humain au cœur de nos milieux professionnels est contre-productif (fort heureusement, c’est déjà le cas dans de nombreuses places, comme le Pop-Up Lab qui en fait une de ses priorités !). C’est un fait4, travailler dans un environnement sain, bienveillant et axé sur les gens est véritablement bénéfique, à tous les points de vue et pour tout le monde. Employeurs, prenez soin de vos équipes, ce sont elles votre meilleur capital ! Pour veiller à leur bien-être et à leur épanouissement, définissez des objectifs clairs et atteignables, saluez les différentes étapes du travail accompli, récompensez-le, faites confiance à vos gens, laissez-leur de l’autonomie, instaurez un esprit de collaboration plutôt qu’une hiérarchie marquée, préservez un horaire de travail convenable, veillez à fournir un équipement adapté, restez ouvert.e.s à la communication (et faites-le savoir !), proposez des moments de discussions informelles, des pauses détentes, des activités de groupe… En créant un environnement de travail bienveillant au sein duquel vos employé.e.s se sentiront bien, écouté.e.s et considéré.e.s, vous solidifiez le socle de leur bien-être à la fois professionnel et social.

En tant qu’employé.e.s

Si l’employeur a une grande part à jouer dans la prévention du burn out, une part non négligeable revient aussi aux principaux.ales concerné.e.s: vous, nous. En tant que travailleurs.ses, il nous revient de poser nos limites et de tout faire pour nous protéger. Apprendre à dire « non », reconnaître ce qui est réalistement faisable de ce qui ne l’est pas selon le temps dont on dispose, nos compétences mais aussi notre état du moment (on n’est pas forcément au même niveau d’efficacité tous les jours et c’est bin correct !), revoir son niveau personnel d’exigence et être indulgent.e avec soi-même… tout ça c’est important, pour ne pas dire essentiel, pour préserver sa santé. Sans parler de faire une job qu’on aime, qui contribue pour beaucoup au bien-être au travail, tout comme le sentiment d’accomplir des tâches significatives, s’enlignant avec nos valeurs personnelles, en tant que citoyen.ne ou simplement en tant qu’être humain. Mais avant tout, restez vigilant.e.s au quotidien, pour vous-mêmes mais aussi pour les personnes qui vous entourent.

Passons un accord. En tant que société (le burn out est tout sauf un problème individuel !), en tant que groupes d’individus condamnés à vivre ensemble sur la même planète et, parfois, dans le même bureau, prenons soin de nous et les un.e.s des autres. Le burn out est une question de responsabilité collective et comme on l’a vu, il existe une multitude de manières de le déjouer avant qu’il ne se déclare ou même pendant. Retenons ces 3 étapes : Reconnaître le burn out, le Nommer, pour mieux le Prévenir. Voilà la clé. La pression de nos vies modernes, ajoutée à celle que nous vivons plus ou moins toutes et tous au travail, peuvent être lourdes à porter. Ensemble, on peut non seulement s’en répartir le poids, mais aussi diminuer la charge.

Alors pourquoi est-ce qu’on se gênerait ?

Cet article a été rédigé par notre contributrice, Angèle Nossereau, conceptrice-rédactrice. Vous souhaitez soutenir notre organisme comme commanditaire en vous impliquant dans la création de contenu à impact positif ? Contactez-nous à phi@popuplab.ca

Photo de couverture : Unsplash – Anthony Tran

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